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Ma première expérience en tant que chargé de TD

Je ne sais pas si vous le savez, mais j’ai eu le bonheur – et la chance – d’avoir été recruté en tant que chargé de travaux dirigés pour l’année universitaire 2017-2018 à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Dans cet article, je vais vous parler mon premier semestre en tant que chargé de TD.

Pour le premier semestre, je suis donc chargé de travaux dirigés à l’Université Jean Moulin Lyon III, en L1 droit des personnes, en série B (enseignant : M. Ludovic Pailler). Lorsque j’ai appris cette nouvelle, j’étais très heureux car j’ai toujours souhaité, au plus profond de moi, occuper un tel poste.

L’attribution des groupes de TD ayant été réalisée, je me retrouve à la tête de 5 groupes, soit environ 160 étudiants. Le défi ne me fait pas peur.

Avant même le début des premiers TD, j’ai pris l’initiative de créer un groupe Facebook uniquement dédié aux étudiants de mes TD . Je trouvais logique l’utilisation d’un tel réseau social comme moyen de communication. Sur ce groupe, je faisais passer toutes les informations importantes et les différents documents que je rédigeais (méthodologies, exercices corrigés…). Sans aucun doute réitérerai-je l’expérience au S2.

Vient le premier TD. Ce jour-là, c’était un mardi à 8h, j’étais parcouru par un sentiment assez ambigu. D’un côté, j’avais extrêmement hâte de commencer car je suis passionné par l’enseignement. D’un autre côté, lorsque je me suis levé ce jour-là, le stress m’a envahi. Au plus profond de moi-même.

8h. Début du premier TD de ma vie. Je me retrouve pour la première fois de l’autre côté du bureau. Je suis très angoissé. Je suis face aux étudiants. Ils me regardent. Ils attendent que je commence. Il n’y a plus le choix, il faut attaquer… C’est parti !

  • Du stress rapidement évacué

Je commence par me présenter, dire que je suis. Je leur donne quelques informations à propos du déroulement du semestre (notes, copies, déroulement des TD…). Je bégaie. Mon élocution est difficile. Pour autant, très rapidement, j’ai commencé à prendre confiance, à prendre mes habitudes. Je lance même quelques blagues. Histoire de détendre l’atmosphère.

Le TD n’est pas un lieu d’amusement certes, mais c’est un lieu où l’ambiance doit être agréable et de ce fait propice au travail. J’ai eu à coeur de faire en sorte que les étudiants ne viennent pas en TD le couteau sous la gorge. Car je sais qu’il n’y a rien de mieux qu’un TD angoissant pour détester une matière.

Je me souviens avoir dit à un groupe que le semi-partiel (galop d’essai pour les puristes) était un cas pratique de 5 heures. Les mines décomposées des étudiants, en réaction à cette petite boutade, resteront à jamais gravées dans mon esprit.

Le premier TD portait sur « Le commencement de la personnalité juridique ». Il fallait traiter beaucoup de choses dans ce TD : la nature juridique de l’embryon, la méthodologie de la fiche d’arrêt…

Pour autant, j’ai pris le pari d’entamer le TD en présentant le système juridictionnel français. Cela me semble très important que des étudiants de L1 connaissent bien le fonctionnement des juridictions françaises. Cela me semble primordial pour bien comprendre comment lire un arrêt de la Cour de cassation.

C’est pourquoi je leur ai parlé de dualisme juridictionnel (ordre judiciaire/administratif), du fonctionnement de la Cour de cassation avant d’accentuer sur la structure des arrêts de la Cour de cassation.

D’ailleurs, j’ai énormément insisté tout au long du semestre sur l’importance de la distinction entre les arrêts de rejet et les arrêts de cassation. Trop d’étudiants des années postérieures ne savent pas dans bien repérer la thèse du demandeur au pourvoi, celle de la cour d’appel et celle de la Cour de cassation. Moi-même j’ai mis du temps à comprendre tout cela…

Or, une telle confusion peut rapidement être évacuée à partir du moment où l’on a compris comment était construit un arrêt de rejet et un arrêt de cassation. C’est pourquoi j’ai énormément insisté dessus tout au long du semestre.

Ensuite, au cours de ce premier TD, je leur ai parlé de la méthodologie de la fiche d’arrêt. D’ailleurs, j’ai repris l’essentiel de ce que je dit dans ma formation vidéo sur la fiche d’arrêt (si cela vous intéresse : Comment devenir le roi de la fiche d’arrêt ?). On s’est en outre entrainé avec les arrêts de la fiche.

Au cours des TD suivants, je leur ai également parlé de la méthodologie du cas pratique, exercice difficile pour des novices du droit.

  • De la nécessaire interactivité du TD

Les différents TD que j’ai pu dispensé ont été extrêmement interactifs. Et j’en suis ravi. Cette interactivité a notamment été permise, selon moi, grâce à l’interdiction des ordinateurs. Cette décision n’a d’ailleurs pas été prise seule, puisqu’elle résulte d’une décision collégiale de l’enseignant et des autres chargés de TD. Cette prohibition peut paraitre surprenante dans une société où le numérique occupe une large part. Pourtant, surtout concernant des étudiants de L1, je maintiens qu’interdire un tel outil est primordial.

Pour rendre le TD interactif, je commençais mes séances par des questions aux étudiants à propos de la séance à faire afin qu’ils vérifient s’ils connaissent leurs cours.

Par exemple, à propos de la séance 4 sur le sexe, je leur demandais :

  • Qu’est-ce que le transsexualisme ?
  • Le transsexuel peut-il changer de sexe ? 
  • Qu’a changé la loi J21 au changement de sexe ? 

Au cours des différents TD, j’ai eu à coeur à ne pas donner aux étudiants de topos de cours. Je trouve ça profondément inutile, sauf lorsqu’il s’agit d’une notion délicate ou non étudiée en cours. Pour le reste, c’est inutile, c’est une perte de temps. Pour l’enseignant. Et pour l’étudiant. S’il souhaite un topo de cours, l’étudiant n’a qu’à consulter des ouvrages.

Par ailleurs, conformément à ma vision selon laquelle le TD doit être un lieu d’échange et d’interactivité, j’ai pris l’initiative de consacrer une partie de mes TD à l’exercice des plaidoiries. Sur la base du volontariat (qui serait bonifié dans la note), les étudiants pouvaient plaider sur un sujet que je leur avais proposé.

Par exemple, dans la séance 4, un des arrêts de la fiche de TD portait sur le sadomasochisme (arrêt K.A et A.D rendu par la Cour EDH). J’ai donc proposé aux étudiants de travailler sur le sujet suivant : « Le sadomasochisme était-il contraire aux droits fondamentaux ? ». Bon nombre d’étudiants m’ont parlé de liberté, d’ordre public, de droit à disposer de son corps, de torture… Ils se sont appuyés sur la Convention EDH. Ils s’habituent ainsi à utiliser ce texte qui occupe une place très importante dans notre système.

Pour la séance 5, qui portait sur la vie privée et le droit à l’image, le sujet était « Peut-on tout publier sur Snapchat ? » . Certains des étudiants-plaideurs s’étaient alors mis à lire les conditions générales d’utilisation de Snapchat, que personne ne lit. J’ai trouvé ça très formateur. D’autres m’ont parlé de l’article 8 de la Convention EDH, de dignité humaine…

J’ai eu la sensation que les étudiants qui plaidaient ont pris plaisir à adopter un raisonnement juridique. Et les autres qui ne plaidaient pas aussi. Car en effet, à la suite des plaidoiries, un débat était ouvert dans la salle. En bref, une super expérience. Pour eux. Et pour moi.

  • De la correction des copies

Concernant les corrections des copies, je trouve cela extrêmement formateur. Même si le volume de copies à corriger est relativement important (5 groupes de TD), cela forge une expérience et permet d’accentuer en TD sur les points qui n’ont pas été compris.

S’agissant du semi-partiel, il s’avère que les étudiants se sont complètement plantés. Il s’agissait de 4 questions de cours relativement simples. Pour autant, c’était une véritable catastrophe. Tant pis, cela peut arriver. Je leur ai dit qu’il fallait qu’ils se servent d’un tel échec pour le futur.

Et puis, mi-décembre, je vais surveiller mon premier partiel final. S’en suivra la correction pendant les vacances de Noël. J’espère que les étudiants déchireront tout dans ma matière, car je me suis vraiment investi…

En résumé, j’ai vraiment adoré dispenser ces travaux dirigés. Cette expérience n’a fait qu’assurément renforcer mon ambition et ma volonté de travailler dans l’enseignement plus tard.

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